L’administration automatisée de l’insuline peut-elle simplifier le jeûne du ramadan en contexte de diabète de type 1?

Durant le mois sacré du ramadan (lien en anglais seulement), de nombreuses personnes de foi musulmane partout dans le monde pratiquent le jeûne du lever au coucher du soleil. Parmi celles-ci, celles qui vivent avec le diabète de type 1 (DT1) courent un risque accru d’hypo- et d’hyperglycémie et d’acidocétose diabétique durant cette période de jeûne, qui est généralement déconseillée par les professionnels de la santé. D’ailleurs, les préceptes religieux exemptent du jeûne les personnes qui ont divers problèmes de santé, dont le DT1. Certaines d’entre elles, par contre, préfèrent tout de même le pratiquer pour des raisons personnelles, culturelles ou spirituelles. Elles doivent alors s’assurer de suivre les meilleures pratiques et d’interrompre le jeûne au besoin (p. ex., lors d’une hypoglycémie). D’autres changements de routine associés à cette période (p. ex., moins de sommeil, moins d’activité physique, repas plus généreux pris plus tard) affectent également la gestion de la glycémie, même chez les personnes qui ne jeûnent pas. 

Les systèmes d’administration automatisée de l’insuline (AAI), aussi appelés systèmes à boucle fermée hybrides ou pancréas artificiels, fonctionnent avec la surveillance de la glycémie en continu (SGC) et une pompe à insuline en communication. Dans la pompe, un algorithme ajuste automatiquement et continuellement une partie de l’insuline administrée. Les glucides consommés et certains ajustements (p. ex., pour faire de l’exercice) doivent toujours être entrés manuellement, mais les systèmes d’AAI ont grandement amélioré la qualité de vie et le temps passé dans la cible glycémique chez les personnes de tous âges qui vivent avec le DT1. D’ailleurs, ils sont maintenant recommandés pour toute personne, y compris les jeunes enfants, qui souhaite en utiliser un et peut se le permettre.

L’AAI peut-elle aider les personnes qui font le jeûne du ramadan?

Dans le cadre d’une étude publiée en 2024 et menée auprès de 294 adultes et enfants qui vivent avec le DT1 et qui jeûnaient pour le ramadan, les options de traitement suivantes ont été comparées.

  • Administration automatisée de l’insuline (AAI)
  • SGC + pompe à insuline (sans AAI)
  • SGC + multi-injections quotidiennes d’insuline (MDI)
  • Autosurveillance de la glycémie capillaire + MDI

Dans le groupe des personnes qui utilisaient l’AAI, il y avait davantage de personnes sensiblement du même âge (22 ans, en moyenne) et du même sexe que dans les autres groupes, et celles-ci étaient également plus nombreuses à bénéficier d’un régime d’assurance maladie. Au cours de l’étude, la durée des jeûnes quotidiens variait entre 13 heures 30 minutes et 14 heures 20 minutes dans la région de l’Arabie Saoudite.   

Moins d’interruptions du jeûne grâce à l’AAI 

Les participants qui utilisaient l’AAI dans le cadre de l’étude étaient moins susceptibles d’interrompre leur jeûne pour des raisons liées au diabète. Ceux-ci affichaient en moyenne deux jours d’interruption, alors que les interruptions précoces (précédant l’iftar) variaient de deux jours et demi à cinq jours dans les autres groupes. Aucune hospitalisation due au DT1 ou à des hypoglycémies sévères n’a été enregistrée. 

Plus de temps dans la cible grâce à l’AAI 

Parmi tous les groupes dont le traitement comprenait la SGC, ceux qui utilisaient également l’AAI passaient plus de temps (73 %) dans la cible glycémique (c.-à-d. entre 3,9 mmol/L et 10 mmol/L) que ceux qui utilisaient la SGC avec une pompe ou les MDI (env. 51-52 %). Avec l’AAI, les utilisateurs ont passé plus de temps dans la cible, et moins en hypo- ou hyperglycémie, que les utilisateurs de la SGC et des MDI. En moyenne, leur risque d’épisode de glycémie extrême était réduit de moitié par rapport à celui des autres groupes.

Cibles de jeûne et cibles glycémiques atteintes en plus grand nombre avec l’AAI 

Plus de la moitié des participants qui utilisaient l’AAI (53 %) ont atteint la double cible (c.-à-d., rester dans la cible glycémique plus de 70 % du temps et interrompre le jeûne deux jours au maximum), par rapport à 3 % pour le groupe qui utilisait la SGC et une pompe, et 44 % pour le groupe qui utilisait la SGC et les MDI. 

Tous groupes confondus, les participants qui avaient les meilleurs résultats de temps dans la cible avant le ramadan, les femmes, et les travailleurs – et non les étudiants – étaient les plus susceptibles d’atteindre la double cible. 

Qu’est-ce qu’il faut retenir?

Il faut garder à l’esprit que même s’il n’y a eu aucun épisode d’hypoglycémie sévère ou d’acidocétose diabétique dans le cadre de cette étude, le risque demeure élevé en contexte de jeûne prolongé. L’étude démontre que durant un jeûne intermittent prolongé, l’AAI pourrait être plus efficace que les autres options de traitement, et ses conclusions sont pertinentes pour d’autres types de jeûnes, qu’ils soient religieux (p. ex., Yom Kippur, Lent) ou médicaux. 

L’étude a également fait un lien entre l’accès à un régime d’assurance maladie et la capacité de jeûner et d’améliorer le temps dans la cible, ce qui corrobore l’impact des inégalités sociales sur la gestion du DT1.  

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Référence:

Al-Sofiani ME, Alharthi S, Albunyan S, Alzaman N, Klonoff DC, Alguwaihes A. A Real-World Prospective Study of the Effectiveness and Safety of Automated Insulin Delivery Compared With Other Modalities of Type 1 Diabetes Treatment During Ramadan Intermittent Fasting. Diabetes Care. 2024 Apr 1;47(4):683-691. doi: 10.2337/dc23-1968. PMID: 38290134.

Écrit par : Cassandra Locatelli, PhD

Révisé par :

  • Sarah Haag, infirmière clinicienne, B.Sc.
  • Rémi Rabasa-Lhoret, MD, PhD
  • Anne-Sophie Brazeau, DtP, PhD
  • Pamela Dawe, Darrin Davis, patients partenaires

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