Le pancréas artificiel, un outil pour vous?

Malgré l’adoption en masse des outils de traitement modernes tels que les pompes à insuline, les lecteurs de la glycémie en continu et les pancréas artificiels, seulement 21 % à 30 % des adultes vivant avec le diabète de type 1 (DT1) atteignent le taux d’hémoglobine glyquée de moins de 7 %. Cette cible est recommandée par les dernières lignes directrices canadiennes pour réduire le risque de diverses complications liées au diabète (p. ex., atteintes aux yeux ou aux reins, infarctus).

De plus, malgré l’amélioration de la gestion de la glycémie démontrée par les pancréas artificiels, aussi appelés systèmes d’administration automatique de l’insuline ou systèmes de boucle fermée hybrides commerciaux, pas plus de la moitié des utilisateurs atteignent les cibles glycémiques recommandées. Comment cela peut-il être expliqué? Une récente étude menée à partir des données du registre BETTER avance une explication : les personnes qui ont un diplôme d’études supérieures et qui utilisent la pompe à insuline depuis une courte période obtiennent de meilleurs résultats.

L’utilisation d’un pancréas artificiel nécessite un certain savoir-faire

Le pancréas artificiel est une petite pompe à insuline qui fonctionne avec un logiciel qui ajuste automatiquement l’administration d’insuline en fonction des valeurs de glycémies reçues du lecteur de la glycémie en continu jumelé au système. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont analysé les données de 131 adultes vivant avec le DT1 et utilisant un pancréas artificiel (MiniMed 670G ou 770G de Medtronic ou t:slim X2 avec Control-IQ de Tandem).

Les participants ont été divisés en deux groupes selon que leur taux d’hémoglobine glyquée (ou taux HbA1c, soit la glycémie moyenne sur trois mois) se situait au-dessous ou au-dessus de 7 %. Un large éventail de variables sociodémographiques et cliniques ont été analysées, notamment le statut socioéconomique, le temps d’utilisation de l’outil, les complications et les aspects de la qualité de vie, qui peuvent tous affecter l’efficacité d’un pancréas artificiel.

L’analyse des données indiquent que les personnes titulaires d’un baccalauréat sont plus susceptibles d’atteindre les taux cibles d’hémoglobine glyquée recommandés. Il se pourrait donc que le niveau d’éducation donne une longueur d’avance à certains utilisateurs pour mieux comprendre et gérer le diabète avec un pancréas artificiel. En effet, acquérir la maîtrise de cette technologie ne se fait pas en criant ciseau : le patient doit entre autres prendre la responsabilité de calculer les glucides qu’il consomme et de les entrer dans la pompe.  

Toujours selon les données du registre BETTER, les patients utilisant une pompe à insuline depuis peu sont plus susceptibles d’atteindre les taux cibles d’hémoglobine glyquée recommandés que ceux qui utilisent la pompe depuis un certain temps. Mais, pourquoi les patients qui ont moins d’expérience avec la pompe à insuline seraient-ils plus enclins à obtenir de bons résultats avec un pancréas artificiel? On s’attendrait plutôt au contraire! Nous croyons que les connaissances des patients qui ont la pompe depuis un certain temps ne sont peut-être plus totalement à jour, ou qu’ils ont peut-être développé des habitudes qui conviennent moins aux systèmes à boucle fermée, ce qui en rendrait l’utilisation plus difficile au départ. Il est aussi possible que les patients qui utilisent leur pompe depuis un certain temps se sentent plus en confiance et prennent plus de risques dans la gestion de leur glycémie. Ces facteurs peuvent favoriser les fluctuations du taux de glycémie et rendre plus difficile l’atteinte des taux de glycémie cibles.

Des bienfaits pour tous

En dépit de ces observations, l’étude démontre que les adultes vivant avec le DT1 peuvent tirer des bienfaits de l’utilisation d’un pancréas artificiel sans égard à leur âge, leur sexe, le moment du diagnostic, leur revenu, leur situation d’emploi, l’accès aux assurances ou la présence d’autres comorbidités (p. ex., obésité ou surpoids, peur de l’hypoglycémie, détresse, dépression). 

Les résultats de l’étude indiquent que toute personne vivant avec le DT1 mérite d’avoir la chance d’essayer le traitement par pancréas artificiel si elle le souhaite, et ce, peu importe son niveau d’éducation ou d’expérience avec une pompe. Certaines personnes ont simplement besoin d’un meilleur accompagnement au début pour en tirer le maximum de bienfaits. 

Le passage des injections au pancréas artificiel ne se fait pas sans difficulté. Le processus s’accompagne d’enseignements et d’apprentissages pour toutes les personnes concernées. De plus, sans couverture financière provinciale, le traitement est onéreux. Pour une utilisation optimale de cette technologie, il est essentiel de suivre une formation approfondie, d’être accompagné et de se tenir informé. N’hésitez pas à discuter de cette transition avec votre équipe de soins pour voir si cette solution peut vous être bénéfique, voire révolutionnaire! 

Lorsque vous enrichissez le registre de votre expérience avec le DT1 (ou le LADA), vous contribuez à un effort collectif visant à mieux faire connaître les réalités de cette condition et ajoutez votre voix aux revendications pour accroître l’accès aux traitements et aux technologies. Nous croyons fermement que chacun doit avoir la liberté de choisir les traitements, les technologies et les soins qui lui conviennent sans que le coût ne représente un obstacle. Plus les gens participeront, plus la voix des personnes vivant avec le DT1 ou le LADA se fera entendre! 

 

Référence : 

Wu, Z. et al. (2023). Characteristics associated with having a hemoglobin A1c ≤ 7 % (≤53 mmol/mol) among adults with type 1 diabetes using an automated insulin delivery system. Diabetes Research and Clinical Practice 206: 111006. DOI: https://doi.org/10.1016/j.diabres.2023.111006 

Écrit par : Zekai Wu, M.D., Ph. D.

Révisé par :

  • Nathalie Kinnard, rédactrice scientifique et assistante de recherche
  • Anne-Sophie Brazeau, Dt.P., Ph. D.
  • Virginie Messier, M. Sc.
  • Roberta Ferrence, Pamela Dawe, Barbara Kelly, Darrin Davis, Tara Nassar, patients partenaires du projet BETTER.

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