Si vous utilisez un des systèmes d’administration de l’insuline en boucle fermée (Medtronic 770G et 780G, t:slim X2 avec Control-IQ de Tandem), appelés aussi pancréas artificiels commerciaux, vous savez que vous devez calculer la quantité de glucides de votre repas et entrer ce nombre manuellement dans votre pompe avant de manger.
Et si vous n’enregistriez pas nécessairement dans la pompe tous les glucides que vous ingérez, est-ce que le système arriverait à compenser comme il le fait lorsque votre glycémie a tendance à augmenter? C’est la question que se sont posée des scientifiques provenant d’universités israéliennes et de la compagnie américaine Medtronic.
Pour y répondre, ils ont examiné la capacité de la pompe MiniMed 780G à comprendre et corriger la montée de la glycémie lorsque l’utilisateur lui « annonce » ou pas le nombre de glucides qu’il va manger. Leur constat : il est préférable de toujours indiquer à la pompe ce que vous mangez, surtout si le repas est riche en glucides. Pour les menus faibles en glucides, il semble que le système arrive à compenser et limiter la hausse de la glycémie.
Ne pas annoncer un repas : pas dangereux mais pas recommandé
Les pancréas artificiels commerciaux fonctionnent sur la base d’un algorithme (une suite de calculs exprimés sous la forme d’un logiciel) qui gère automatiquement l’administration de l’insuline en se basant sur la glycémie en temps réel transmise par un lecteur de la glycémie en continu. Cet algorithme peut ainsi corriger une hyperglycémie en administrant automatiquement un bolus de correction.
Toutefois, il faut se rappeler que ces systèmes ne sont pas complètement autonomes. C’est pourquoi vous devez entrer manuellement dans la pompe le nombre de glucides que vous allez manger, afin que l’algorithme puisse calculer le bolus nécessaire pour couvrir votre repas. Si vous omettez ou oubliez d’annoncer les glucides d’un repas à votre pompe, il y a un risque évident d’hyperglycémie importante puisque la consommation de glucides ne sera pas précédée d’une dose d’insuline.
Pour certaines personnes, cette tâche peut être ardue pour plusieurs raisons : besoin de calculer, d’être précis, d’anticiper les activités, etc. Des chercheurs de partout dans le monde mènent ainsi différents projets pour trouver des moyens pour simplifier le calcul des glucides.
Dans cette optique, l’étude israélo-américaine a suivi 14 participants vivant avec le DT1. Les scientifiques ont d’abord testé les deux approches, soit d’entrer ou pas le nombre de glucides d’un repas dans la pompe, dans un environnement sécurisé pendant 5 jours. Ensuite, les participants sont retournés à la maison avec la consigne de ne pas informer leur pompe lorsqu’ils mangeaient des repas contenant 80 g de glucides et moins, et ce, pendant 90 jours. Cette période a été suivie d’un autre 90 jours pendant lesquels la consigne était d’annoncer tous les glucides de tous les repas.
Le but? Évaluer la sécurité pour la santé de ne pas indiquer à la pompe tous les glucides ingérés.
Il en ressort que les participants ont passé plus de temps en hyperglycémie (au-dessus de 10 mmol/L) et moins de temps dans les cibles glycémiques (entre 4 et 10 mmol/L) pendant la période où les repas de 80 glucides et moins n’étaient pas couverts par de l’insuline avant les repas. Le temps passé en hypoglycémie était cependant plus faible.
Une exception pour les repas faibles en glucides?
Les chercheurs ont ensuite voulu vérifier si le constat était le même, peu importe la teneur en glucides de chaque repas (entre 0 et 80 gr). Ils ont donc analysé les données de glycémie en lien avec différentes quantités de glucides ingérés. Ils ont constaté qu’omettre d’annoncer à la pompe un repas contenant 60 g de glucides ou moins n’augmente pas significativement le temps passé en hyperglycémie (plus de 13,7 mmol/L) et diminue le temps passé en hypoglycémie. Plus encore, le fait de ne pas annoncer les repas faibles en glucides (20 g et moins) ne change rien au temps passé au-dessus et dans la cible, tout en diminuant le temps passé en hypoglycémie.
Règle générale, le meilleur scénario reste actuellement de bien calculer le nombre de glucides de votre repas et de l’entrer dans votre pompe avant de manger. Cependant, les résultats suggèrent que la version la plus récente de l’algorithme de la pompe MiniMed 780G pourrait aider les personnes qui rencontrent de grandes difficultés à compter les glucides ainsi que celles qui oublient souvent d’annoncer les repas à leur pompe.
On ne peut qu’espérer que les avancées technologiques, comme de nouveaux algorithmes de systèmes de boucle fermée hybrides, puissent simplifier la gestion du DT1 en offrant une plus grande flexibilité au niveau du calcul des glucides.
Références :
Shalit, R. et al. (2023). Unannounced Meal Challenges Using an Advanced Hybrid Closed-Loop System. Diabetes Tech. & Ther. 25(9): 579-588. DOI: 10.1089/dia.2023.0139
Haidar, A. et al. (2023). A Randomized Crossover Trial to Compare Automated Insulin Delivery (the Artificial Pancreas) With Carbohydrate Counting or Simplified Qualitative Meal-Size Estimation in Type 1 Diabetes. Diabetes Care 46(7): 1372-1378. Doi: 10.2337/dc22-2297
Écrit par : Nathalie Kinnard, rédactrice scientifique et assistante de recherche
Révisé par :
- Anne-Sophie Brazeau, Dt.P., Ph. D.
- Rémi Rabasa-Lhoret, M.D., Ph. D.
- Claude Laforest et Michel Dostie, patients partenaires du projet BETTER.
Révision linguistique par : Marie-Christine Payette
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