Vous connaissez probablement déjà les lecteurs de la glycémie en continu, qui ont profondément transformé la gestion du diabète en permettant de mieux comprendre les variations de la glycémie. Une nouvelle génération de technologies pourrait bientôt aller encore plus loin : des capteurs capables de mesurer simultanément le glycémie et les cétones en temps réel.
L’acidocétose diabétique : une urgence à éviter
L’acidocétose diabétique est l’une des complications les plus graves et potentiellement mortelles du diabète de type 1 (DT1). Elle survient lorsqu’il n’y a pas assez d’insuline pour permettre au glucose (sucre dans le sang) d’entrer dans les cellules. Le corps utilise alors les graisses comme source d’énergie, ce qui entraîne la production de cétones.
Si de faibles niveaux de cétones peuvent être normaux, une accumulation importante peut entraîner une acidification du sang et devenir une urgence médicale.
Le problème ? En dehors des épisodes de maladie ou d’hyperglycémie prolongée, les cétones sont rarement mesurées. Les tests se font par prélèvement capillaire avec lecteur dédié ou via des bandelettes urinaires, moins précises. Une étude a montré que seulement 5 % des personnes testaient leurs cétones lorsque la glycémie dépassait 14 mmol/L, et que les connaissances sur les actions à entreprendre restent limitées.
Ce qui s’en vient : un capteur glycémie + cétones
Les compagnies développant les lecteurs de la glycémie en continu travaillent sur un capteur permettant de mesurer la glycémie et les cétones en continu. Abbott (FreeStyle) est en phase avancée de développement de son système. À l’approche des premières mises en marché dans certains pays, l’International Society for Pediatric and Adolescent Diabetes a récemment publié des recommandations à l’intention des fabricants, des professionnels de la santé et des personnes vivant avec le diabète concernant cette nouvelle technologie.
Ces recommandations soulignent l’importance de l’éducation sur les cétones et leur gestion. Elles recommandent également l’utilisation de flèches de tendance (comme pour les lecteurs de la glycémie en continu), un nombre limité d’alertes pour éviter la fatigue liée aux alarmes, ainsi que l’accès aux données pour mieux étudier les cétones à grande échelle chez les personnes vivant avec le DT1.
Comprendre les niveaux de cétones
En plus de la glycémie et du contexte clinique, les cétones constituent un indicateur important de sécurité. Les experts proposent quatre zones, avec des conduites à tenir associées. Dans tous les cas, il est recommandé de suivre les conseils de son équipe soignante.
Normal
< 0,6 mmol/L
Aucun symptôme
Aucune action nécessaire
Élevé
0,6 à 1,5 mmol/L
Fatigue, nausées, douleurs abdominales, vomissements possibles
Surveiller plus fréquemment la glycémie, vérifier la pompe ou les injections, augmenter l’insuline et l’hydratation si nécessaire
Haut
1,5 à 3 mmol/L
Symptômes précédents + haleine fruitée, confusion, difficulté à respirer
Contacter l’équipe soignante, administrer de l’insuline par injection sûre (seringue même si pompe), s’hydrater
Urgence
> 3 mmol/L
Respiration rapide et profonde, sécheresse des lèvres, soif intense, urines fréquentes
Consulter en urgence immédiatement
Pour savoir quand tester les cétones et comment interpréter les résultats, vous pouvez consulter les fiches pratiques disponibles sur Support, la plateforme de soutien et de formation sur le diabète de type 1, que vous utilisiez des injections ou une pompe à insuline.
Pourquoi la surveillance continue des cétones pourrait être utile aujourd’hui
Les données disponibles suggèrent que certaines personnes sont plus susceptibles que d’autres de développer une acidocétose. Il existe également des situations où les cétones peuvent être élevées sans hyperglycémie importante (acidocétose euglycémique), ce qui peut passer inaperçu.
La surveillance continue des cétones pourrait être particulièrement utile dans les situations suivantes :
- Acidocétose diabétique récurrente : Certaines personnes souffrent fréquemment d’acidocétose diabétique. Une surveillance continue des cétones pourrait les alerter avant que la situation ne devienne critique et aider à déterminer les causes de cette acidocétose.
- Utilisation de médicaments adjuvants : Certains médicaments adjuvants (inhibiteurs du SGLT2, par exemple Jardiance ou Forxiga) peuvent faciliter la gestion de la glycémie et réduire le risque de maladies rénales et cardiaques, mais ils s’accompagnent d’un risque accru d’acidocétose euglycémique. Une surveillance continue des taux de cétones dans le sang pourrait rendre cette classe de médicaments plus sûre et plus accessible pour les personnes vivant avec le DT1.
- Utilisation d’une pompe à insuline ou d’un pancréas artificiel : selon les données du registre BETTER, plus de 40 % des personnes vivant avec le DT1 au Canada utilisent des pompes à insuline. En cas de dysfonctionnement non détecté de la pompe, la surveillance continue des cétones permettrait de repérer le problème avant qu’il ne devienne urgent.
- Grossesse ou maladie : la grossesse et les journées de maladie peuvent toutes deux entraîner une augmentation des cétones sans hyperglycémie. La surveillance continue des cétones pourrait constituer un filet de sécurité important.
- Populations isolées : Les personnes qui n’ont pas facilement accès à un hôpital et qui présentent un risque élevé d’acidocétose diabétique peuvent trouver une assurance dans la détection précoce d’un taux élevé de cétones.
- Alimentation cétogène : Les régimes faibles en glucides, en particulier le régime cétogène, peuvent faire monter les cétones à des « niveaux élevés ». Pour ceux qui souhaitent essayer un régime cétogène, l’utilisation d’une surveillance continue des cétones pourrait atténuer les craintes liées à l’acidocétose.
Et ensuite ?
Il reste encore beaucoup à comprendre sur les cétones et leur surveillance continue dans le DT1. La question de leur utilisation à grande échelle ou au cas par cas reste ouverte.
L’intégration de ces nouvelles technologies avec les lecteurs de la glycémie en continu pourrait améliorer la sécurité et faciliter la détection précoce des complications. Toutefois, elle pourrait aussi augmenter la charge mentale liée à la gestion des données et aux alertes. Il sera donc essentiel de définir clairement qui peut en bénéficier, et comment maximiser les avantages tout en minimisant le fardeau pour les personnes vivant avec le diabète.
Participer à la recherche sur le DT1
Vous ou votre enfant vivez avec le diabète de type 1 au Canada ? Vous pouvez contribuer à la recherche en rejoignant le premier registre canadien des personnes vivant avec le diabète de type 1.
Références
- Dhatariya K, Bergenstal RM, Al-Sofiani M, Albanese-O’Neill A, Battelino T, Close K, De Block C, Dutta S, Galindo RJ, GhavamiNejad A, Haidar A, Heverly J, Kruger D, Laffel LM, Lally J, Maahs DM, Maffeis C, Mathieu C, Miller E, Munshi M, Nishimura R, Nørgaard K, Oron T, O’Neal DN, Oxenreiter M, Perkins BA, Phillip M, Renard E, Rosen J, Scharf M, Sherr J, Wysham C, Danne T. Continuous ketone monitoring for people with diabetes: international expert recommendations on the application of a new technology. Lancet Diabetes Endocrinol. 2026 Jan;14(1):82-92. doi: 10.1016/S2213-8587(25)00331-6. PMID: 41381175.
- Sherr JL, Nally LM. Continuous ketone monitoring for diabetes: a new era for diabetes. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025 Sep;13(9):736-738. doi: 10.1016/S2213-8587(25)00220-7. PMID: 40812954.
- Abbott Press Releases. Abbott Announces Development of Novel Continuous Glucose-Ketone Monitoring System. 2022 June.
- Albanese-O’Neill A, Wu M, Miller KM, Jacobsen L, Haller MJ, Schatz D; T1D Exchange Clinic Network. Poor Adherence to Ketone Testing in Patients With Type 1 Diabetes. Diabetes Care. 2017 Apr;40(4):e38-e39. doi: 10.2337/dc16-2620. Epub 2017 Jan 18. PMID: 28100607.
- Bergenstal RM, Virdi N, Quadri F, Curl CC, Rahman S. Real-World Ketone Testing Patterns Among People Using FreeStyle Libre. Diabetes Technol Ther. 2026 May 11:15209156261446059. doi: 10.1177/15209156261446059. Epub ahead of print. PMID: 42112752.
Écrit par : Cassandra Locatelli, PhD
Révisé par :
- Sarah Haag, infirmière clinicienne, B.Sc.
- Rémi Rabasa-Lhoret, MD, PhD
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