L’omission intentionnelle d’insuline pour perdre du poids : une pratique dangereuse

Que nous apprend le registre BETTER sur le diabète de type 1 ?

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Les troubles alimentaires et les comportements alimentaires préoccupants sont plus fréquents chez les personnes vivant avec le diabète de type 1 (DT1).

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Certaines personnes vivant avec le DT1 peuvent intentionnellement réduire ou omettre leur insuline dans le but de perdre du poids.

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7,3 % des participant·e·s au registre BETTER ont déclaré avoir déjà omis intentionnellement leur insuline pour perdre du poids. Ce comportement était plus fréquent chez les femmes et chez les personnes ayant reçu un diagnostic de DT1 à un plus jeune âge.

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Les personnes ayant déclaré ce comportement présentaient également davantage de détresse liée au diabète et étaient plus susceptibles d’avoir vécu des fluctuations importantes de poids.

Saviez-vous que les personnes vivant avec le diabète de type 1 (DT1) sont plus à risque de développer un trouble alimentaire que les personnes qui ne vivent pas avec le DT1 ?

La gestion du DT1 demande une attention constante à de nombreuses tâches au quotidien : surveiller la glycémie, prendre de l’insuline et prendre régulièrement des décisions concernant l’alimentation, entre autres. Avec le temps, toutes ces exigences peuvent contribuer à l’épuisement ou à la détresse liée au diabète.

L’insuline est essentielle à la survie des personnes vivant avec le DT1. Elle permet à l’organisme d’utiliser le glucose (sucre dans le sang) comme source d’énergie. Lorsqu’une personne ne reçoit pas suffisamment d’insuline, sa glycémie peut augmenter à des niveaux dangereux et son organisme commence à utiliser les graisses comme source d’énergie, ce qui entraîne la production de cétones. Une accumulation importante de cétones peut entraîner une acidocétose diabétique, une complication potentiellement mortelle. À plus long terme, un manque d’insuline peut également contribuer à des complications liées au diabète, notamment des atteintes aux reins, aux nerfs ou à la vision.

Malgré ces risques, certaines personnes peuvent réduire ou omettre intentionnellement leur insuline dans l’espoir de perdre du poids. Ce comportement est associé aux troubles alimentaires et est parfois appelé « diaboulimie ». Contrairement à d’autres comportements associés aux troubles alimentaires, comme les vomissements provoqués ou l’utilisation de laxatifs, l’omission d’insuline est spécifique aux personnes vivant avec le DT1. Ce comportement demeure relativement peu étudié et les outils de dépistage utilisés en clinique sont encore limités.

Afin de mieux comprendre ce phénomène, nous avons analysé les données de 1 150 adultes vivant avec le DT1 au Canada, inscrit·e·s au registre BETTER. Dans l’ensemble, 7,3 % des participant·e·s ont déclaré avoir déjà omis intentionnellement leur insuline pour perdre du poids.

Qu’avons-nous constaté ?

1. Les femmes étaient plus susceptibles de déclarer avoir omis leur insuline pour perdre du poids.

Les femmes étaient 5,7 fois plus susceptibles que les hommes de déclarer avoir déjà omis intentionnellement leur insuline pour perdre du poids.

Cela pourrait notamment être lié aux préoccupations concernant l’image corporelle et au risque plus élevé de troubles alimentaires observé chez les femmes et les jeunes filles.

Il est toutefois important de souligner que les hommes peuvent eux aussi être concernés. Par exemple, certaines personnes peuvent réduire ou omettre leur insuline dans le but de modifier leur composition corporelle, leur définition musculaire ou leur apparence physique, plutôt que spécifiquement pour perdre du poids. Ces motivations n’ont pas été étudiées dans le cadre de cette étude. De futures recherches devront donc mieux comprendre les différentes raisons qui peuvent mener à ce comportement, chez les personnes de tous les genres.

2. Les personnes diagnostiquées plus jeunes étaient plus susceptibles de déclarer ce comportement.

Les participant·e·s ayant reçu leur diagnostic de DT1 à un âge plus avancé (22 ans en moyenne, comparativement à 17 ans) étaient moins susceptibles de déclarer avoir omis leur insuline pour perdre du poids.

Une explication possible est que les personnes diagnostiquées pendant l’enfance ou l’adolescence doivent composer avec les changements physiques, émotionnels et sociaux de cette période, tout en apprenant à gérer le DT1. Ces défis peuvent rendre certaines personnes plus vulnérables aux difficultés liées à l’alimentation ou à l’image corporelle.

3. Ce comportement était associé à davantage de détresse liée au diabète et à des fluctuations de poids.

Les participant·e·s qui rapportaient davantage de détresse liée au diabète ou des fluctuations importantes de poids étaient plus susceptibles de déclarer avoir omis leur insuline pour perdre du poids.

Même si l’omission d’insuline peut sembler être un moyen rapide de perdre du poids, elle peut avoir de graves conséquences pour la santé et ne constitue pas une façon sécuritaire de gérer son poids. Les fluctuations importantes de poids peuvent également être associées à des conséquences négatives pour la santé et peuvent refléter des difficultés persistantes liées au poids ou à l’image corporelle (5).

Pourquoi est-ce important ?

L’omission intentionnelle d’insuline pour perdre du poids peut avoir des conséquences graves à court et à long terme. Pourtant, ce comportement peut être difficile à repérer et n’est pas systématiquement recherché dans les soins aux personnes vivant avec le DT1.

Il ne s’agit pas d’un manque de volonté ou d’un échec dans la gestion du diabète. Le DT1 représente une charge importante au quotidien, et les difficultés liées à l’alimentation, à l’image corporelle et à la santé mentale peuvent toucher n’importe quelle personne vivant avec le DT1.

Nos résultats suggèrent que les professionnel·le·s de la santé pourraient porter une attention particulière aux personnes vivant avec le DT1 qui présentent une détresse importante liée au diabète, qui rapportent des fluctuations de poids, qui ont reçu leur diagnostic à un jeune âge ou qui s’identifient comme des femmes. Ces éléments ne signifient pas qu’une personne adopte nécessairement ce comportement, mais peuvent être des occasions d’ouvrir une conversation de façon bienveillante et sans jugement.

Un meilleur accès aux professionnel·le·s de la santé mentale, aux groupes de soutien, aux soins spécialisés dans les troubles alimentaires et à un accompagnement adapté au DT1 pourrait contribuer à prévenir les comportements qui mettent la santé en danger et à améliorer le bien-être des personnes vivant avec le DT1.

Cette étude est actuellement disponible en ligne : South CA, Brazeau AS, Talbo MK, Bandini A, Kichler JC, Iceta S. Factors Associated With Intentional Insulin Omission to Lose Weight in People Living With Type 1 Diabetes: A BETTER Registry Analysis. Can J Diabetes. 2026 Mar 25:S1499-2671(26)00061-4. doi: 10.1016/j.jcjd.2026.03.004. Epub ahead of print. PMID: 41895661.

References:

  • Hanlan ME, Griffith J, Patel N, Jaser SS. Eating disorders and disordered eating in type 1 diabetes: prevalence, screening, and treatment options. Curr Diab Rep. 2013;13(6):909-916. doi:10.1007/s11892-013-0418-4
  • Kontoangelos K, Raptis A, Lambadiari V, et al. Burnout Related to Diabetes Mellitus: A Critical Analysis. Clin Pract Epidemiol Ment Health. 2022;18:e174501792209010. Published 2022 Oct 21. doi:10.2174/17450179-v18-e2209010
  • Goguen J, Gilbert J; Diabetes Canada Clinical Practice Guidelines Expert Committee. Hyperglycemic emergencies in adults. Can J Diabetes. 2018;42(suppl 1):S109-S114. doi:10.1016/j.jcjd.2017.10.013
  • Kulkarni A, Thool AR, Daigavane S. Understanding the Clinical Relationship Between Diabetic Retinopathy, Nephropathy, and Neuropathy: A Comprehensive Review. Cureus. 2024;16(3):e56674. Published 2024 Mar 21. doi:10.7759/cureus.56674
  • Swartz AZ, Wood K, Farber-Eger E, Petty A, Silver HJ. Weight trajectory impacts risk for 10 distinct cardiometabolic diseases. J Clin Endocrinol Metab. 2026;111(1):e49-e57. doi:10.1210/clinem/dgaf348.

Écrit par : Courtney South, M.Sc.

Révisé par :

  • Cassandra Locatelli, PhD
  • Rémi Rabasa-Lhoret, MD, PhD
  • Anne-Sophie Brazeau, DtP., PhD
  • Pamela Dawe, Ana Theroux, patientes partenaires

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