Des médicaments en plus de l’insuline pour le diabète de type 1?

L’insuline est au cœur du traitement du diabète de type 1 (DT1). Mais saviez-vous que certaines personnes utilisent aussi d’autres médicaments – appelés adjuvants à l’insuline – pour améliorer la gestion de la glycémie ou d’autres aspects de leur santé?

Notre équipe de recherche s’est intéressée à l’utilisation de ces traitements grâce aux données du registre BETTER pour mieux comprendre qui sont les personnes vivant avec le DT1 qui les utilisent, et pour quelles raisons elles les utilisent.

Qu’est-ce qu’un médicament « adjuvant »?

Un médicament adjuvant est un traitement qui s’ajoute au traitement de base – l’insuline – pour aider à améliorer la gestion des glycémies. Ces médicaments ne remplacent pas l’insuline et sont utilisés pour :

  • aider à diminuer la glycémie (par d’autres mécanismes que l’insuline)
  • réduire la quantité d’insuline nécessaire
  • favoriser la perte de poids

Ils peuvent également aider à améliorer la gestion des facteurs de risque cardiovasculaire comme la tension artérielle ou le cholestérol.

Les médicaments adjuvants sont habituellement indiqués pour le traitement du diabète de type 2, mais ils peuvent parfois être prescrits à des personnes vivant avec le diabète de type 1, dans des situations particulières, selon l’évaluation du médecin.

Il s’agit principalement de trois grandes classes de médicaments :

  • Les biguanides (p. ex., metformine, sous forme de comprimés)

Bien connus dans le diabète de type 2, les biguanides ne remplacent pas l’insuline, mais aident le corps à mieux répondre à son action. Cela peut être particulièrement utile en cas de résistance à l’insuline, c’est-à-dire quand l’insuline semble moins bien fonctionner. En rendant l’insuline plus efficace, il est parfois possible de réduire les doses nécessaires et d’obtenir une glycémie plus stable.

Chez les personnes vivant avec le DT1, certaines études ont montré que la metformine pouvait entraîner une légère diminution des glycémies et des doses d’insuline, mais les bienfaits restent modestes.

Son principal effet secondaire est d’ordre digestif (p. ex., diarrhée). Pour limiter cet inconfort, il est recommandé d’augmenter la dose progressivement et de prendre les comprimés pendant les repas.

Ce médicament ne convient pas aux personnes souffrant d’insuffisance rénale et doit être évité ou interrompu dans ce cas.

  • Les agonistes du GLP-1 (p. ex., liraglutide, semaglutide, sous forme d’injections)

Ces médicaments imitent l’hormone du même nom (GLP-1 ou Glucagon-Like Peptide-1) que notre corps fabrique naturellement. Cette hormone aide à libérer de l’insuline quand on mange, ralentit la digestion et réduit l’appétit. Ce combo permet souvent de réduire l’augmentation de la glycémie après les repas et peut aussi entraîner une légère perte de poids, ce qui peut faciliter la gestion du diabète. Comme pour la metformine, certaines études incluant des personnes vivant avec le DT1 ont montré des bénéfices moyens modestes, notamment pour la réduction des glycémies et des doses d’insuline. En revanche, la perte de poids est significative et comparable à celle observée chez les personnes vivant avec le diabète de type 2. Les principaux effets secondaires sont d’ordre digestif comme les nausées. Augmenter la dose progressivement, en fonction des symptômes, permet souvent de les réduire. Pour les personnes qui vivent avec le diabète de type 2, cette classe de médicament réduit le risque de maladies cardiovasculaires et d’insuffisance rénale. Toutefois, nous ne savons pas si ces bénéfices s’appliquent aux personnes qui vivent avec le DT1.

  • Les inhibiteurs du SGLT2 (p. ex., empagliflozine, dapagliflozine, sous forme de comprimés)

    Ces médicaments aident le corps à éliminer le sucre en trop dans les urines. Résultat : la glycémie peut baisser et on peut aussi perdre un peu de poids. Mais attention, ils augmentent le risque d’acidocétose, même lorsque la glycémie n’est pas très élevée. Ce risque, bien que rare, est sérieux et nécessite un suivi rigoureux, en particulier avec le DT1. C’est pourquoi Santé Canada ne recommande pas leur utilisation chez les personnes qui vivent avec cette condition.

L’effet secondaire le plus fréquent est une augmentation des infections génitales : vaginites chez les femmes, et balanites chez les hommes. Ces infections restent peu fréquentes, mais leur risque double avec ce type de traitement.

Chez les personnes vivant avec le diabète de type 2, ces médicaments ont démontré des effets positifs sur la santé cardiovasculaire et rénale. Cependant, on ne sait pas encore si ces bénéfices s’appliquent aussi aux personnes vivant avec le DT1.

Ces traitements ne conviennent pas à tout le monde et comportent certains risques parfois importants. Ils doivent être prescrits et suivis de près par une équipe de soins expérimentée dans le DT1.

Que montre l’étude?

L’étude s’est intéressée aux données de 1 463 adultes vivant avec le DT1 inscrits au registre canadien BETTER. Environ une personne sur sept utilisait un médicament adjuvant en plus de l’insuline. Parmi les personnes qui prenaient ce type de traitement :

  • 41 % utilisaient la metformine
  • 26 % un agoniste du GLP-1
  • 18 % un inhibiteur du SGLT2
  • 15 % combinaient deux de ces médicaments ou plus

Ces personnes avaient tendance à partager certains points communs. En moyenne, elles étaient un peu plus âgées (47 ans contre 43 ans) et avaient un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé (29,1 contre 25,1 kg/m2) comparativement à celles qui n’en prenaient pas, ce qui peut indiquer une certaine résistance à l’insuline. Elles vivent aussi plus souvent avec des facteurs de risque pour la santé cardiovasculaire comme une pression artérielle plus élevée, un taux de cholestérol plus important ou des antécédents de maladies du cœur ou des vaisseaux.

En revanche, il n’y avait pas de grande différence entre les deux groupes en ce qui concerne l’HbA1c (moyenne de la glycémie dans les trois derniers mois) ou la durée du diabète. L’étude ne permet pas de dire si les médicaments adjuvants ont aidé à faire baisser une HbA1c qui était plus élevée au départ, ou si leur effet sur la glycémie est plutôt limité.

À noter également que parmi les personnes utilisant un inhibiteur du SGLT2, le nombre d’épisodes d’acidocétose signalés n’était pas plus élevé que chez les autres, selon les données autodéclarées recueillies dans le registre.

Une option dans certains cas…

Utiliser un médicament en plus de l’insuline n’est donc pas si rare chez les adultes vivant avec le DT1, surtout quand d’autres enjeux de santé sont présents comme un poids plus élevé, une résistance à l’insuline ou des facteurs de risque cardiovasculaire.

S’il ne s’agit pas d’une solution pour tout le monde, ces traitements peuvent dans certaines situations aider à diminuer les doses d’insuline, stabiliser la glycémie ou agir sur d’autres aspects de la santé. Leur utilisation demande un suivi attentif, car certains comportent des risques, notamment l’acidocétose avec les inhibiteurs du SGLT2. Des études cherchent actuellement à déterminer si ce risque peut être réduit et si cette classe de médicaments pourrait ralentir la progression des dommages rénaux. Ces recherches devraient apporter davantage d’informations dans les prochaines années.

Discuter de ces options avec une équipe soignante spécialisée dans le DT1 vous permettra de mieux évaluer les avantages et les inconvénients, tout en tenant compte de vos besoins, de votre état de santé et de vos préférences personnelles.

Vous vivez avec le DT1 et souhaitez contribuer à faire avancer la recherche? Si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez vous inscrire au registre BETTER dès maintenant. Chaque voix compte!

 

Références :

  • Résumé présenté à l’ADA 2025 : Factors Associated with the Use of Adjunct-to-Insulin Glucose-Lowering Agents in Patients with Type 1 Diabetes Mellitus, Jessica Liu et al.


Écrit par : Sarah Haag, B.Sc., coordonnatrice des communications du projet BETTER

Révisé par :

  • Amélie Roy-Fleming, DtP ÉAD MSc
  • Rémi Rabasa-Lhoret, MD, PhD
  • Anne-Sophie Brazeau, DtP, PhD
  • Jacques Pelletier, Michel Dostie, Jade Maria Moisan, Chloé Freslon, patient·e·s partenaires
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Révision linguistique par : Marie-Christine Payette

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