L’hypoglycémie (taux de sucre trop bas dans le sang) peut survenir à n’importe quel moment, mais elle est particulièrement inquiétante lorsqu’elle se produit durant la nuit. L’hypoglycémie nocturne peut en effet être dangereuse, sachant que jusqu’à 80 % de tels épisodes sont susceptibles d’être asymptomatiques (sans symptômes). En fait, lorsque vous dormez, votre corps perd sa capacité, en totalité ou en partie, à percevoir les symptômes d’hypoglycémie. Bien souvent donc, vous ne vous réveillerez pas et ne traiterez pas l’hypoglycémie nocturne, qui peut alors durer plus longtemps qu’une hypoglycémie survenant de jour. De plus, la plus longue période pendant laquelle vous ne mangez pas et ne vérifiez pas activement votre glycémie est celle du sommeil. Ceci peut expliquer pourquoi plus de 50 % des épisodes d’hypoglycémie sévère (que vous ne pouvez pas traiter seul) ont lieu la nuit.
Sévère ou pas, une hypoglycémie nocturne perturbe la qualité du sommeil, affectant conséquemment votre productivité le lendemain. Elle peut être également associée à de la fatigue persistante et à un risque accru de problèmes cardiovasculaires. Par exemple, le risque de bradycardie (battements de cœur anormalement bas) associé à l’hypoglycémie est 8 fois plus élevé lorsque cette dernière a lieu la nuit.
L’hypoglycémie nocturne est-elle fréquente?
Des chercheurs canadiens ont analysé les données de lecteurs de la glycémie en continu de 100 adultes vivant avec le diabète de type 1 (DT1). Ils ont noté que, sur une période de trois jours, près du tiers d’entre eux ont eu une hypoglycémie nocturne (au moins 15 minutes sous 3,9 mmol/L). La majorité de ces participants n’en ont pas détecté les symptômes.
Les enfants pourraient être encore plus à risque d’hypoglycémie nocturne. Lors d’une étude pilote suivant 25 jeunes Canadiens pendant trois jours, 68 % ont passé au moins 15 minutes sous les 3,9 mmol/L durant la nuit.
Dans le registre BETTER, deux tiers des participants rapportent se réveiller la nuit au moins une fois par mois à cause de symptômes d’hypoglycémie. Ce chiffre est significatif, car il cache fort probablement un nombre élevé d’hypoglycémies asymptomatiques. En effet, 4 épisodes d’hypoglycémie nocturne sur 5 ne sont pas détectés par les personnes qui n’utilisent pas de lecteur de la glycémie en continu avec alarme.
Comment savoir si vous avez eu une hypoglycémie nocturne?
Soyez à l’affût des indices suivants qui peuvent témoigner d’une hypoglycémie nocturne non détectée :
- Vous avez fait d’intenses cauchemars;
- Vous vous réveillez dans des draps ou des vêtements humides à cause de sueurs nocturnes ne pouvant pas être expliquées autrement (comme la température de la pièce ou des couvertures trop chaudes, par exemple);
- Vous vous levez avec des maux de tête ou une grande fatigue (qui sont expliqués par le fait que l’hypoglycémie nocturne affecte la qualité du sommeil);
- Vous commencez la journée avec une glycémie plus élevée que d’habitude.
Quelles sont les stratégies pour éviter les hypoglycémies nocturnes?
Vérifier la glycémie la nuit est la meilleure façon de détecter une hypoglycémie nocturne. La méthode capillaire (au bout du doigt), bien qu’elle soit très efficace, implique de vous réveiller régulièrement pour vérifier votre glycémie, ce qui peut être épuisant. Les lecteurs de la glycémie en continu, surtout ceux avec une fonction alertes, allègent un peu ce fardeau et permettent souvent de prévenir l’hypoglycémie. Cette technologie vous permet, en outre, d’analyser les données de vos glycémies nocturnes et de faire les ajustements nécessaires.
Les participants au registre BETTER rapportent utiliser différentes stratégies pour prévenir l’hypoglycémie nocturne. En voici quelques-unes que vous pourriez essayer, selon votre situation :
- Prendre une collation avant le coucher : vous pourriez considérer manger une collation avec des glucides et des protéines, en particulier si votre glycémie est basse avant le dodo, si vous avez été actif durant la journée et particulièrement en fin de journée, ou encore si vous avez consommé de l’alcool pendant la soirée. Il faudra davantage d’études pour confirmer à quel moment et comment cette stratégie serait la plus efficace et quels seraient les types de collations à privilégier. Une étude a démontré, par exemple, que le fait de s’administrer de l’insuline pour couvrir les glucides d’une collation en fin de soirée augmenterait le risque d’hypoglycémie nocturne.
- Ajuster votre dose d’insuline : vous pourriez ajuster vos doses d’insuline rapide selon vos activités en soirée (p. ex., activité physique) ou considérer utiliser une insuline ayant un impact reconnu sur la réduction des hypoglycémies nocturnes (p. ex., insuline à action prolongée). Vous pouvez aussi réduire votre dose d’insuline lente avant la nuit (la plupart du temps, cela ne s’applique pas aux insulines dont la durée d’action dépasse 24 h comme Toujeo ou Tresiba) ou diminuer le taux de votre insuline basale si vous utilisez une pompe.
- Utiliser la technologie : les lecteurs de la glycémie en continu, en particulier ceux avec des alarmes, vous alertent lorsque l’hypoglycémie nocturne est imminente. Il est important de définir l’alarme à un taux de glycémie qui vous permettra d’éviter l’hypoglycémie sans vous réveiller trop souvent pendant la nuit. Ce niveau varie d’une personne à l’autre. Notez que certaines provinces couvrent le coût de cette technologie pour les personnes vivant avec le DT1 selon certains critères. Les pancréas artificiels peuvent également réduire la fréquence des hypoglycémies nocturnes en ajustant ou en arrêtant temporairement l’administration d’insuline de façon automatique lorsque la glycémie descend ou est trop basse.
N’oubliez pas que certaines de ces stratégies sont basées sur l’expérience vécue des personnes vivant avec le DT1. Les données scientifiques appuyant ces recommandations restent limitées. Davantage de recherches seront donc nécessaires pour déterminer les meilleures approches à privilégier selon chaque individu.
Les stratégies utilisées pour prévenir l’hypoglycémie sont influencées par le traitement et la peur de l’hypoglycémie
Une analyse récente basée sur les données du registre BETTER a révélé que le type de traitement (injections, pompes à insuline, lecteurs de la glycémie) peut influencer le choix de stratégies pour prévenir les hypoglycémies nocturnes. Par exemple, les utilisateurs d’une pompe rapportent moins souvent prendre une collation en soirée que les personnes qui ont recours aux injections. Ils ajustent par contre leurs doses d’insuline plus souvent, surtout lorsqu’ils ont l’option de baisser le débit basal pour la nuit.
Par ailleurs, les personnes qui rapportent une plus grande peur de l’hypoglycémie sont plus enclines à utiliser une stratégie de prévention et à en utiliser plus qu’une que celles qui ont une moins grande peur de l’hypoglycémie.
Grâce au registre BETTER, notre équipe peut explorer les stratégies réelles utilisées par les personnes vivant avec le DT1 pour prévenir l’hypoglycémie nocturne. En revanche, il reste encore beaucoup de choses à apprendre sur ce sujet. Avec votre soutien et votre participation au registre BETTER, nous pouvons mieux comprendre votre réalité et mener des études sur des sujets comme les stratégies les plus efficaces pour prévenir l’hypoglycémie nocturne. N’hésitez pas à vous inscrire ou à inscrire votre enfant au registre!
Références :
Talbo, M.K., et al. (2022). Are nocturnal hypoglycemia prevention strategies influenced by diabetes technology usage? A BETTER registry analysis. Diabetes Research and Clinical Practice 191: 110080. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0168822722008944?via%3Dihub
Talbo, M.K., et al. (2023). Gender differences in reported frequency and consequences of hypoglycemia among adults living with type 1 diabetes: Results from the BETTER registry. Diabetes Research and Clinical Practice 202: 110822. https://www.diabetesresearchclinicalpractice.com/article/S0168-8227(23)00585-5/fulltext
Desjardins, K., et al. (2014). Association between post-dinner dietary intakes and nocturnal hypoglycemic risk in adult patients with type 1 diabetes. Diabetes Research and Clinical Practice 106(3): 420-427. DOI: https://doi.org/10.1016/j.diabres.2014.09.015
Amiel, S.A. (2021). The consequences of hypoglycaemia. Diabetologia 64(5): 963-970. DOI: 10.1007/s00125-020-05366-3.
Ahmet, A. et al. (2011). Prevalence of Nocturnal Hypoglycemia in Pediatric Type 1 Diabetes: A Pilot Study Using Continuous Glucose Monitoring. The Journal of Pediatrics 159(2): 297-302. https://doi.org/10.1016/j.jpeds.2011.01.064
Écrit par : Meryem Talbo, Dt. P., M. Sc., étudiante au doctorat, Université McGill
Révisé par :
- Nathalie Kinnard, rédactrice scientifique et assistante de recherche
- Sarah Haag, R.N., B. Sc.
- Rémi Rabasa-Lhoret, M.D., Ph. D.
- Anne-Sophie Brazeau, Dt.P., Ph. D.
- Devin Cleary Gooden, Pamela Dawe, Barbara Kelly, Darrin Davis, patients partenaires du projet BETTER
Révision linguistique réalisée par : Marie-Christine Payette
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