Les technologies de gestion du diabète : une solution pour gérer la peur de l’hypoglycémie?

Pour les personnes qui vivent avec un diabète de type 1 (DT1), l’hypoglycémie est une préoccupation courante. Si ses symptômes physiques sont bien connus, ses conséquences émotionnelles et psychologiques, comme la peur de l’hypoglycémie, le sont moins. Par ailleurs, il a été démontré que si les progrès technologiques récents, tels que les lecteurs de la glycémie en continu (Dexcom, FreeStyle Libre et Guardian) et les systèmes de boucle fermée hybrides commerciaux, aussi appelés pancréas artificiels, (Tandem Control IQ et Medtronic 670, 770 et 780G) peuvent améliorer la gestion de la glycémie et réduire la fréquence des hypoglycémies, leur impact sur la peur de l’hypoglycémie n’est pas aussi clair.

Pour combler cette lacune, des chercheurs canadiens, en collaboration avec des membres du projet BETTER, ont récemment examiné plus de 50 études incluant près de 9 000 participants du monde entier. Ils ont constaté que les technologies de gestion du diabète seraient un outil utile pour réduire la peur de l’hypoglycémie. Cependant, il ne s’agit pas d’une solution qui convient nécessairement à tout le monde.

L’utilisation des technologies diminuerait la peur de l’hypoglycémie

Les chercheurs ont constaté que l’utilisation de lecteurs de la glycémie en continu (qui affichent automatiquement le taux de sucre dans le sang sans que l’utilisateur ait à scanner le capteur) et de pancréas artificiels contribue à réduire de manière considérable la peur de l’hypoglycémie. Ces technologies atténuent en effet l’inquiétude constante de voir soudainement la glycémie diminuer en permettant un suivi de la  glycémie en continu et en offrant une plus grande flexibilité dans les ajustements de l’insuline.

En outre, les auteurs de l’étude ont constaté que cette réduction de la peur de l’hypoglycémie n’était pas toujours associée à une diminution de la fréquence des hypoglycémies ou du temps passé sous la cible glycémique (sous 4 mmol/L). Cette observation indique que l’utilisation de lecteurs de la glycémie en continu et de pancréas artificiels peut avoir des bienfaits qui vont au-delà de la gestion de la glycémie.

L’impact des technologies varie d’une personne à l’autre

L’étude a également mis en évidence un autre élément important : l’impact de la technologie peut varier d’un individu à l’autre. Des facteurs tels que les antécédents d’hypoglycémies, le niveau de connaissances des symptômes de l’hypoglycémie et la motivation personnelle à utiliser la technologie jouent un rôle important dans l’efficacité de ces outils à réduire les inquiétudes liées à l’hypoglycémie.

Si la technologie offre des avantages significatifs, sa combinaison avec des interventions psychologiques peut être encore plus bénéfique. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), par exemple, s’est révélée prometteuse pour réduire certains comportements liés à la peur de l’hypoglycémie. Une telle approche permet de personnaliser les soins, en particulier dans les cas où la technologie seule n’est pas suffisante ou n’est pas disponible.

La peur de l’hypoglycémie se vit de différentes façons

D’autres facteurs non liés au diabète, comme le sexe, peuvent également influencer la peur de l’hypoglycémie. Par exemple, un autre projet de recherche BETTER a révélé que les femmes éprouvent souvent des niveaux de peur de l’hypoglycémie plus élevés, qui entraînent une plus grande pression mentale et une gestion altérée du diabète. Cette peur peut se manifester de différentes manières; par exemple, craindre de vivre une situation embarrassante en public ou se sentir vulnérable quand on est seul. En conséquence, certaines personnes peuvent limiter leurs activités physiques et sociales pour éviter de se trouver en public pendant un épisode d’hypoglycémie, ce qui, en soi, peut avoir un impact sur la qualité de vie et empêcher la réalisation d’activités qui seraient autrement appréciées.

Différentes études, dont celles liées au registre BETTER, montrent que plus de la moitié des personnes vivant avec un DT1 ont peur de l’hypoglycémie à un degré ou à un autre.

Au fur et à mesure que la recherche sur le diabète évolue, on espère que de nouvelles découvertes vont rendre la prise en charge du DT1 moins contraignante. Il est important de se rappeler que les inquiétudes liées à l’hypoglycémie sont normales et qu’elles ne sont pas toujours abordées lors des rendez-vous médicaux. Si vos inquiétudes liées à l’hypoglycémie ont un impact sur la gestion de votre diabète, n’hésitez pas à en discuter avec votre équipe de soins.

Nous savons que de nombreuses personnes n’ont pas accès aux technologies de gestion du diabète. De plus, ces dernières peuvent ne pas convenir à tout le monde. C’est pourquoi le registre BETTER et les projets de recherche associés visent à mieux connaître les besoins et les expériences des personnes vivant avec le DT1, afin de pouvoir plaider en faveur d’un accès équitable aux outils de soins et de traitement du diabète à travers le Canada. N’oubliez pas de vous inscrire (ou d’inscrire votre enfant), si ce n’est pas déjà fait !

 

Références :

Diabetes Canada Clinical Practice Guidelines Steering Committee. (2023). Hypoglycemia in adults. Canadian Journal of Diabetes, 47(7), 548–559. https://doi.org/10.1016/j.jcjd.2023.08.003 

Talbo, M. K., et al. (2023). Effect of diabetes technologies on the fear of hypoglycaemia among people living with type 1 diabetes: a systematic review and meta-analysis. eClinicalMedicine, 62. https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2023.102119 

Talbo, M., Peters, T., & Brazeau, A. (2023). Gender differences in hypoglycemia-related worries and behaviors in adults with type 1 diabetes. Canadian Journal of Diabetes, 47(7), 104. https://doi.org/10.1016/j.jcjd.2023.10.203

Écrit par : Meryem K. Talbo, Dt. P., M. Sc., étudiante au doctorat, Université McGill

Révisé par :

  • Nathalie Kinnard, rédactrice scientifique et assistante de recherche
  • Sarah Haag, R.N., B. Sc.
  • Anne-Sophie Brazeau, Dt. P., Ph. D.
  • Devin Cleary Gooden, Pamela Dawe, Barbara Kelly, Krystal Akanni, Darrin Davis, Roberta Ferrence, Kaitlin McBride, patients partenaires du projet BETTER

Révision linguistique réalisée par : Marie-Christine Payette

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