Diabète de type 1 et activité physique après les repas : le type d’insuline et le moment de l’exercice ont-ils un effet?

Selon le registre BETTER, 47 % des participants vivant avec le diabète de type 1 (DT1) déclarent que la peur de l’hypoglycémie (taux de sucre trop bas) constitue une barrière à l’activité physique en dépit des nombreux bienfaits de cette dernière sur la santé (p. ex. diminution du risque de maladies chroniques, meilleure santé cardiaque et osseuse, réduction du stress). Plusieurs types d’exercices font en effet baisser la glycémie, principalement ceux dits aérobiques ou cardiovasculaires, comme la course, la marche, la natation et le vélo, et augmentent ainsi le risque d’hypoglycémie.

Il existe toutefois des stratégies pour limiter ce risque pendant la pratique d’activités cardiovasculaires. Une des recommandations actuelles est de réduire de 50 % la dose d’insuline rapide administrée lors du repas (incluant un éventuel bolus de correction) précédant une séance d’exercice à intensité modérée, si cette dernière dure au moins 30 minutes et a lieu 90 minutes après avoir mangé.  

Une équipe de chercheurs canadiens et de collaborateurs internationaux ont récemment testé cette approche dans d’autres contextes, auprès de 40 adultes vivant avec le DT1, âgés de 18 à 67 ans et traités par injections multiples d’insuline. L’objectif? Valider si la recommandation de réduire la dose d’insuline rapide s’applique également à l’insuline ultra-rapide FIASP qui commence à agir 4 à 7 minutes après l’injection (au lieu de 15 min pour les insulines rapides) et lorsque l’exercice débute 1 heure ou 2 heures après le repas.

Pourquoi la glycémie baisse quand vous bougez?

L’insuline (rapide ou ultra-rapide) que vous vous injectez avant le repas reste active pendant environ 4 à 5 heures, que vous décidiez de bouger ou non. Si vous allez marcher ou faites de la course à pied durant cette période, votre circulation sanguine va s’accélérer et votre corps deviendra plus sensible à l’insuline de façon à ce que vos muscles puissent obtenir l’énergie requise (en utilisant le glucose dans le sang). 

Par ailleurs, chez les personnes qui n’ont pas le diabète, la sécrétion d’insuline diminue naturellement lors d’une activité physique, ce qui n’est pas le cas pour une personne vivant avec le DT1. Ces facteurs et bien d’autres augmentent le risque d’hypoglycémie pendant et après l’activité physique en contexte de DT1. 

Le délai entre l’exercice et le repas aurait peu d’effet sur le risque d’hypoglycémie pendant l’activité physique

Lors de l’étude, indépendamment du type d’insuline injectée, le délai d’une heure ou de deux heures pour bouger après le repas n’a pas influencé le temps dans la cible ni le nombre d’hypoglycémies pendant l’activité. Le taux de sucre a baissé significativement dans les deux scénarios, mais seulement 12 des 160 séances de vélo stationnaire à intensité modérée ont nécessité la prise de glucides pour traiter des hypoglycémies. 

Le risque d’hypoglycémie pendant l’activité physique est comparable entre les insulines rapides et ultra-rapides

Toujours en utilisant la même stratégie de réduction du dosage d’insuline avant le repas et une séance de vélo stationnaire, l’équipe de recherche a comparé les effets d’une insuline rapide et ultra-rapide sur le risque d’hypoglycémie. L’augmentation de la glycémie entre le repas et le début de l’exercice (peu importe le délai), le nombre d’hypoglycémies pendant l’exercice, ainsi que le temps passé dans la cible étaient comparables pour les deux types d’insuline. La glycémie a diminué significativement pendant l’exercice physique, peu importe le type d’insuline utilisé. Cette baisse était toutefois un peu moins importante pour les participants ayant reçu une injection d’insuline ultra-rapide (baisse de 4,1 mmol/L par rapport à 4,4 pour l’insuline rapide).

Profiter de l’activité physique avec les bonnes stratégies

L’étude a montré que lorsque l’exercice aérobique est initié dans les heures suivant un repas, il ne semble pas nécessaire d’ajuster les recommandations actuelles en fonction du moment de l’exercice (1 h ou 2 h de délai) ou du type d’insuline utilisé (rapide par rapport à ultra-rapide). Une réduction de 50 % de la dose d’insuline au repas serait suffisante dans la majorité des cas pour limiter le risque d’hypoglycémie PENDANT l’exercice. Toutefois, débuter l’exercice 1 heure suivant un repas, plutôt que 2 heures après, peut aider à minimiser les fluctuations de la glycémie induites par le repas. 

Si vous utilisez une pompe à insuline, vous avez l’option de diminuer le débit basal de 50 à 80 % ou d’utiliser le mode Activité (p. ex. pompe t:slim X2) ou un objectif glycémique temporaire (p. ex. pompe MiniMed 780G), et ce, jusqu’à 90 minutes avant le début de l’exercice.

Il existe également d’autres stratégies pour limiter le risque d’hypoglycémie pendant et après l’activité physique. Ces dernières, et bien d’autres, vous permettront de profiter des nombreux bienfaits de l’activité physique tout en minimisant les risques d’hypoglycémie pendant et après avoir bougé! 

 

Références :

  • Molveau, J. et al. (2024). Assessing the influence of insulin type (ultra-rapid vs. rapid insulin) and exercise timing on post-prandial exercise-induced hypoglycemia risk in individuals with type 1 diabetes: A randomized controlled trial. Diabetologia. doi: 10.1007/s00125-024-06234-0.
  • Brazeau, A-S. et al. (2008). Barriers to physical activity among patients with type 1 diabetes. Diabetes Care 11: 2108-9. doi: 10.2337/dc08-0720
  • Plotnikoff, R. C. et al. (2006). Factors associated with physical activity in Canadian adults with diabetes. Med. Sci. Sports Exerc. 38(8): 1526-34. doi: 10.1249/01.mss.0000228937.86539.95

Écrit par :  Joséphine Molveau, M. Sc. en sciences de l’exercice, candidate au Ph. D. en nutrition (Université de Montréal) et en sciences de l’exercice (Université de Lille, France).

Révisé par :

  • Nathalie Kinnard, rédactrice scientifique et assistante de recherche
  • Anne-Sophie Brazeau, Dt. P., Ph. D.
  • Sarah Haag, R.N., B. Sc.
  • Amélie Roy-Fleming, R.D., ÉAD, M. Sc.
  • Corinne Suppère, kinésiologue, M. Sc.
  • Marie-Christine Payette, Alec Courchesne, Jacques Pelletier et Michel Dostie, patients partenaires du projet BETTER .

Révision linguistique par : Marie-Christine Payette

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