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La fausse représentation du diabète de type 1 dans les médias

Écrit en juin 2020, mis à jour en janvier 2023

En général, lorsque les gens pensent au diabète, ils imaginent des personnes en surpoids qui devraient limiter leur consommation de sucre. Cependant, la réalité des personnes vivant avec le diabète de type 1 (DT1) est souvent bien différente. Ces idées reçues peuvent provenir de la fausse représentation du DT1 dans les médias, tels que la télévision, le cinéma et les réseaux sociaux. 

Les différences et les similitudes entre le DT1 et le diabète de type 2 (DT2), leurs complications et leurs traitements respectifs sont souvent méconnus. De fait, certains stéréotypes se sont donc formés, circulent dans les médias et peuvent avoir des effets néfastes pour les personnes vivant avec le DT1. 

Nous avons récemment publié la première étude qui explore les représentations du DT1 dans les films et les émissions télévisées en Amérique du Nord. Les conséquences de présenter des mythes erronés et préjudiciables comme des vérités dans les médias, et l’impact que cela peut avoir sur les personnes vivant avec le DT1, y sont abordés.

En voici les grandes lignes.

Les fausses représentations les plus fréquentes

La cause, les symptômes et la prise en charge du DT1 ont souvent été faussement représentés par les médias (p. ex., émissions de télévision, films, articles de journaux et même au sein de campagnes de santé publique). Cette mauvaise représentation entraîne la propagation de mythes et d’une désinformation sur le DT1 qui contribue à la stigmatisation.

Voici les erreurs les plus fréquemment observées :

  • La cause du DT1. On retrouve fréquemment l’idée fausse selon laquelle le DT1 serait causé par de mauvaises habitudes alimentaires. Par exemple, dans le film Hansel and Gretel: Witch Hunters, le DT1 est désigné comme « la maladie du sucre » et on laisse entendre que la condition de Hansel est le résultat d’une trop grande consommation de sucreries pendant l’enfance. 
  • La différence entre DT1 et DT2. On retrouve souvent l’idée fausse selon laquelle DT1 et DT2 seraient une seule et même condition. Cette « stigmatisation par association » constituerait l’une des principales sources de stigmatisation vécue par les personnes vivant avec le DT1.
  • Les symptômes et la gestion du DT1. Certains films et émissions de télévision, tels que l’émission Walking Dead et le film Con Air, mettent en scène un personnage qui s’affaiblit ou s’évanouit, suggérant un épisode d’hypoglycémie. Toutefois, le personnage ne mesure pas sa glycémie et reçoit de l’insuline comme traitement plutôt que du sucre à action rapide. À cela, s’ajoute l’idée erronée commune, affichée dans des séries télévisées comme Hannah Montana et The Big Bang Theory, selon laquelle les personnes vivant avec le DT1 ne devraient jamais manger d’aliments contenant du sucre. 
  • La charge du DT1. Les médias ne montrent pas la charge à long terme de la condition créant l’idée fausse que le DT1 peut être facilement géré et que les personnes vivant avec le DT1 doivent simplement « prendre soin d’elles-mêmes ». 
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Conséquences négatives

En présentant des mythes erronés et nuisibles comme des vérités, les médias contribuent à façonner les croyances populaires et engendrent une culture du jugement susceptible de créer un environnement hostile pour les personnes vivant avec le DT1 et d’entraîner de la stigmatisation. 

Les conséquences négatives de cette stigmatisation peuvent s’étendre à de nombreux domaines de la vie, notamment :

  • Les relations personnelles 
  • L’identité sociale
  • Le bien-être émotionnel 
  • Les comportements liés à de la gestion du DT1

De fait, les études montrent que la stigmatisation peut conduire à :

  • une réticence à divulguer la maladie. Par exemple, un enfant pourrait choisir de ne pas mesurer sa glycémie à l’école pour ne pas avoir à parler de son état à ses camarades de classe ou un adulte pourrait sauter sa dose d’insuline du dîner pour ne pas avoir à divulguer son DT1 à ses collègues. 
  • une moins bonne gestion des glycémies (p. ex., HbA1c plus élevée, davantage d’hypoglycémies sévères).
  • plus de complications à long terme.
  • une plus grande détresse psychologique (p. ex., plus de symptômes dépressifs et moins de soutien social).
  • une moins bonne qualité de vie.

Ainsi, la stigmatisation liée au diabète semble être une menace importante pour le bien-être des personnes vivant avec le DT1 et devrait être considérée comme faisant partie de la charge de la maladie puisqu’elle peut entraîner une détérioration de la santé physique, émotionnelle et mentale.

Une responsabilité collective

Les représentations médiatiques du DT1 peuvent être trompeuses et entraîner une stigmatisation et une désinformation générale. Une éducation adéquate sur les conditions de santé est importante pour notre société et notre sécurité. Dans le cas du DT1, une représentation adéquate et une diminution de la stigmatisation pourraient favoriser une meilleure gestion de la maladie chez les personnes vivant avec cette condition. 

Sans nécessairement le savoir, une grande partie de la population reçoit des informations sur la santé par le biais des médias. Malheureusement, ces informations sont plus fréquemment utilisées pour raconter une histoire plutôt que pour présenter des faits exacts. Or, les créateurs de contenu et de médias ont la responsabilité envers le public d’éviter la désinformation et la déformation des faits. En tant que public, nous devons être proactifs et faire entendre notre voix sur les représentations négatives ou fausses des aspects de la santé publique dans les médias. En envoyant des lettres ou des courriels, en contactant les créateurs de contenu et en parlant aux responsables gouvernementaux, nous devons exiger que des informations médicales précises et vérifiées scientifiquement soient utilisées dans les médias.

La stigmatisation fait partie des angles morts de la recherche en lien avec le DT1, il est donc essentiel que davantage de recherches soient menées pour mettre en lumière ces réalités et améliorer la situation. 

Le registre BETTER demande à chaque personne vivant avec le diabète de type 1 au Canada de partager sa réalité via un questionnaire. Ce questionnaire couvre de nombreux aspects souvent oubliés du DT1 comme la stigmatisation et son impact sur les personnes vivant avec le DT1. Vous vivez avec le DT1 au Canada et n’avez pas encore partagé votre réalité via le registre? Prenez le temps (15-25 minutes) de répondre au questionnaire!

Références : 

  • Katz, Alexandra et al. “Media Portrayal of Type 1 Diabetes in North American Television and Film.” Canadian journal of diabetes, S1499-2671(22)00091-0. 27 Apr. 2022, doi:10.1016/j.jcjd.2022.04.007
  • Brazeau AS Nakhla M, Wright M, Panagiotopoulos C, Pacaud D, Henderson M, Rahme E, DaCosta D, Dasgupta K. Stigma and its association with glycemic control and hypoglycemia in adolescents and young adults with type 1 diabetes: Cross-sectional study. JMIR 2018; 20 (4): e151 
  • Browne, Jessica L et al. “’I’m not a druggie, I’m just a diabetic’: a qualitative study of stigma from the perspective of adults with type 1 diabetes.” BMJ openvol. 4,7  e005625. 23 Jul. 2014, doi:10.1136/bmjopen-2014-005625
  • Liu, N. F., et al. (2017). Stigma in People with Type 1 or Type 2 Diabetes. Clinical Diabetes, 35(1), 27-34
  • Chung, Jamie O P et al. “Media Portrayal of Chronic Illnesses.” Canadian journal of diabetes vol. 46,8 (2022): 775. doi:10.1016/j.jcjd.2022.07.005
  • Hill, S., Gingras, J., & Gucciardi, E. (2013). The Lived Experience of Canadian University Students with Type 1 Diabetes Mellitus. Canadian Journal of Diabetes, 37, 237-242.
  • Hansen, U. M., Olesen, K., & Willaing, I. (2020). Diabetes stigma and its association with diabetes outcomes: a cross-sectional study of adults with type 1 diabetes. Scandinavian Journal of Public Health, 48, 855-861.

Écrit par: Delphine Bouchard RN. B.Sc., Sarah Haag RN. BSc.

Révisé par:

  • Amélie Roy-Fleming Dt.P., EAD, M.Sc.
  • Alexandra Katz, H. B.Sc.
  • Claude Laforest, Jacques Pelletier, Eve Poirier, Sonia Fontaine, Nathalie Kinnard, Laurence Secours, Michel Dostie, Marie-Christine Payette, patients-partenaires du projet BETTER

Révision linguistique réalisée par: Marie-Christine Payette