Le poids corporel affecte-t-il la santé mentale des hommes et des femmes de la même façon?

Lorsqu’on vit avec le diabète de type 1 (DT1), il y a beaucoup à gérer : calculer les doses d’insuline, vérifier la glycémie, compter les glucides, faire de l’exercice, etc. Ces éléments alourdissent considérablement la charge mentale, et des études ont démontré que les personnes qui vivent avec le DT1 sont plus susceptibles de connaître des problèmes de santé mentale que la population générale. Les études montrent également que les signalements de problèmes de santé mentale sont plus nombreux chez les femmes que chez les hommes. Mais qu’en est-il d’autres aspects dont on ne parle pas souvent? Par exemple, quel est l’impact du poids corporel sur la santé mentale?

Nous nous sommes récemment penchés sur cette question en analysant les données de plus de 1000 adultes qui vivent avec le DT1 et qui ont participé au registre BETTER. Nous avons cherché à comprendre le lien entre le poids et le genre et des états tels que la détresse liée au diabète, la stigmatisation, la dépression et la peur de l’hypoglycémie (insuffisance du taux de sucre dans le sang).

Notre question

Quelle place le poids occupe-t-il dans la sphère de la santé mentale chez les personnes vivant avec le DT1? Les problèmes de santé mentale augmentent-ils proportionnellement avec le poids? Les femmes et les hommes sont-ils touchés de la même façon?

Nos recherches

Aux fins de cette étude, nous avons regroupé les participants et participantes selon leur IMC (indice de masse corporelle), une valeur déterminée selon la grandeur et le poids et utilisée pour classer les personnes en trois catégories de poids : bas (< 25 kg/m2), moyen (de 25 à 29,9 kg/m2) et élevé (> 30 kg/m2).

Nous avons observé que les femmes qui tombent dans la catégorie de poids « élevé » sont plus susceptibles que celles des autres catégories de rapporter des symptômes de dépression et d’anxiété et de ressentir une grande détresse liée à la gestion du diabète. Elles ont aussi le sentiment d’être plus critiquées et pointées du doigt pour leur diabète. Ce type de stigmatisation peut être particulièrement difficile à vivre, surtout lorsqu’il concerne le poids.

Les mêmes analyses menées du côté des hommes n’ont toutefois révélé aucune différence d’une catégorie de poids à l’autre. Étonnamment, les analyses comparant les données des femmes et celles des hommes montrent néanmoins que les hommes qui tombent dans la catégorie de poids « moyen » sont plus susceptibles de vivre une grande peur de l’hypoglycémie, alors que des études antérieures concluaient que cette appréhension était plutôt l’apanage des femmes.

Nos conclusions

À la lumière de ces résultats, il apparaît que les mesures de soutien en santé mentale destinées aux personnes qui vivent avec le DT1 doivent être individualisées. Les femmes dont le poids est élevé et qui sont confrontées à la stigmatisation, à un sentiment de détresse ou à une humeur dépressive bénéficieraient d’un soutien plus ciblé par rapport à la gestion de ces facteurs. De la même façon, il serait bénéfique de chercher à comprendre pourquoi les hommes de poids moyen sont plus susceptibles de vivre une grande peur de l’hypoglycémie, et ce, afin de développer de meilleures approches de soins. Il est également important de souligner que s’ils ne rapportent aucune différence d’une catégorie de poids à l’autre, les hommes sont peut-être plus hésitants à signaler les problèmes de santé mentale auxquels ils font face en raison des normes sociétales et de la stigmatisation.

L’objectif n’est pas d’accoler des étiquettes ou de juger selon le poids ou le genre, mais plutôt de mieux comprendre ce que les patients vivent afin que les approches de soins soient mieux adaptées et plus empathiques.  

Les prochaines étapes

Ces résultats ne sont qu’un début. Notre étude regroupait surtout les données de personnes caucasiennes, et excluait celles des personnes non binaires, étant donné leur faible représentation dans le registre. De prochaines études devront se pencher sur l’impact que peuvent avoir la race, l’ethnicité et la diversité de genre sur ces enjeux.

De plus, il faut reconnaître que même si nous avons catégorisé les participants et participantes selon leur IMC, cette mesure demeure imparfaite. Elle ne fait pas la différence entre la masse grasse et la masse musculaire, et ne tient pas compte de la distribution du poids. Par exemple, une personne très musclée peut avoir un IMC élevé même si elle n’a pas d’excès de gras. Dans de prochaines études, il serait intéressant de tenir compte de mesures telles que la composition corporelle et le tour de taille. Le but n’est pas de gérer son poids, mais plutôt d’améliorer sa santé physique et mentale; dans bien des cas, ceci peut être accompli sans perte de poids.

En attendant, cette étude-ci nous permet de mieux comprendre une réalité qui est non seulement complexe, mais aussi d’une grande importance : le poids et le genre affectent la façon dont les personnes ayant le DT1 vivent leur état, ainsi que leur santé mentale.

 

Reference:

Bonhoure, A., Lalanne-Mistrih, M.-L., Talbo, M., Boudreau, V., Messier, V., Bandini, A., Secours, L., Fontaine, S., Brazeau, A.-S., & Rabasa-Lhoret, R. (2025). Gender differences in psychosocial outcomes according to BMI among adults living with type 1 diabetes: a cross-sectional BETTER analysis. Journal of Clinical and Translational Endocrinology, 31, 100383. https://doi.org/10.1016/j.jcte.2025.100383

Écrit par : Anne Bonhoure, M.Sc., Ph.D. Candidate

Révisé par :

  • Sarah Haag, infirmière clinicienne, B.Sc.
  • Cassandra Locatelli B.Sc.
  • Anne-Sophie Brazeau, DtP, PhD
  • Rémi Rabasa-Lhoret, MD, PhD
  • Darrin Davis, Kaitlin McBride, Pamela Dawe, patients partenaires

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