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Le point sur les statines dans le diabète de type 1.

Chez les personnes qui vivent avec le diabète, un taux de sucre élevé dans le sang (hyperglycémie) pendant plusieurs années, peut affecter différents organes, dont le cœur et les vaisseaux sanguins, et augmenter le risque de maladies cardiovasculaires. Ce risque constitue d’ailleurs la première cause de décès chez les personnes de plus de 40 ans qui vivent avec le diabète de type 1 (DT1).

Le phénomène d’athérosclérose

Pour comprendre ce risque, il faut expliquer le phénomène d’athérosclérose. Avec le temps, l’hyperglycémie peut fragiliser la paroi des gros vaisseaux sanguins (artères), en favorisant la formation de plaques d’athérome (graisse, sang, tissu fibreux, dépôt calcaire) qui épaississent la paroi des artères. Ces plaques, constituées principalement de cholestérol (on parle d’athérosclérose), réduisent le diamètre des artères et favorisent l’apparition de caillots, deux mécanismes qui gênent la circulation sanguine.

À la longue, ce phénomène peut empêcher certaines parties du corps d’être irriguées correctement et de recevoir l’oxygène nécessaire pour fonctionner normalement. Il peut même conduire à une obstruction totale de vaisseaux sanguins (ischémie). Des complications peuvent alors survenir au niveau du cœur (p.ex. infarctus, insuffisance cardiaque), du cerveau (p.ex. accident vasculaire cérébral ou AVC), ou des membres inférieurs.

Diminuer le risque de complications cardiovasculaires

Il est important de considérer les points suivants pour diminuer le risque de complications cardiovasculaires:

  • Maintenir la glycémie le plus souvent possible dans les valeurs cibles.
  • Vérifier la pression artérielle régulièrement, et prendre un médicament si besoin (prévention ou traitement).
  • Vérifier régulièrement les taux de lipides (graisses) dans le sang, dont le LDL-Cholestérol (aussi appelé “mauvais cholestérol” qui devrait le plus souvent être inférieur à 2 mmol/L) et prendre un médicament (statine) si besoin. (prévention ou traitement).
  • Cesser de fumer.
  • Faire de l’activité physique régulièrement.
  • Favoriser une alimentation variée et équilibrée. Éviter les aliments qui contiennent des gras trans (p.ex. pâtisseries commerciales, aliments ultra-transformés) et réduire la consommation d’aliments contenant des gras saturés (p.ex. viandes rouges, fromages gras, beurre). Choisir des aliments contenant des «bons» gras (p.ex. poissons, noix et graines, huile d’olive, etc.) et riches en fibres (p.ex. produits céréaliers de grains entiers, fruits et légumes).

Diminuer les lipides sanguins, en particulier le mauvais cholestérol (LDL-Cholestérol), permet de réduire le phénomène d’athérosclérose. Comme les personnes qui vivent avec le DT1 sont plus à risque de complications cardiovasculaires, le taux de LDL-cholestérol recommandé est plus bas que chez les personnes qui ne vivent pas avec le diabète. 

Les statines: un médicament pour réduire le cholestérol 

Pour parvenir à diminuer les lipides sanguins, il existe également une classe de médicaments appelée les statines. Elles peuvent être prescrites pour prévenir l’augmentation du taux de LDL-Cholestérol ou le réduire.

La recommandation actuelle suggère que des statines soient prescrites aux personnes vivant avec le DT1: 

  • de plus de 40 ans
  • qui ont déjà eu une complication cardiovasculaire (peu importe l’âge)
  • qui ont une des complications suivantes (peu importe l’âge): rétinopathie (atteinte de l’oeil), néphropathie (atteinte des reins), ou neuropathie (atteinte des nerfs)
  • de plus de 30 ans et vivent avec le DT1 depuis plus de 15 ans.

Alors que les études suggèrent que les statines permettent de réduire d’environ 21% le risque d’événements cardiovasculaires, près de 40% des adultes (de plus de 40 ans) qui vivent avec le DT1 ne prennent pas de statine.

Les statines victimes de mauvaise presse.

Depuis quelques années, la remise en cause de l’efficacité des statines dans les médias et leur effets secondaires, ont nuit à l’adhésion au traitement. 

Pourtant, l’efficacité des statines est très bien démontrée, en particulier pour la prévention des maladies cardio-vasculaires, chez les personnes qui sont à risque de maladie cardiaque. Ces études soulignent l’importance de débuter le traitement le plus tôt possible chez les personnes qui ont un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires que la population générale, comme les personnes vivant avec le DT1.

Les effets secondaires de la prise de statines sont également rapportés comme un frein à l’adhésion au traitement, en particulier les douleurs musculaires. Plusieurs études observationnelles rapportent, en effet, que ces douleurs seraient 20 à 50 % plus élevées chez les utilisateurs de statines que chez ceux qui n’en utilisent pas.

Pourtant, un essai paru récemment montre qu’il n’existe aucune différence en termes de symptôme entre des personnes ayant reçu un placebo (pillule qui ne contient aucun principe actif) et celles ayant reçu une statine. L’essai avait pour but d’administrer à 60 patients, qui avaient précédemment arrêté les statines en raison d’effets secondaires, de l’atorvastatine 20 mg/ jour (statine), un placebo, et enfin aucun traitement en alternance pendant des périodes d’un mois dans un ordre aléatoire sur un an afin que chacune des options (statine, placebo et absence de comprimé) soit suivi sur un total de 4 mois. Ni les participants, ni les professionnels de la santé ne savaient ce que la personne prenait comme traitement. Des douleurs musculaires ont été rapportées par les participants ayant pris une statine, mais également par ceux ayant pris un placebo. Selon l’essai, 90% des symptômes étaient attribuables à l’effet nocebo. L’effet nocebo est un a priori négatif liée à la prise d’un médicament. Ces douleurs ne doivent cependant pas être ignorées. Une évaluation complète devrait donc être effectuée afin d’identifier les causes possibles des symptômes rapportés. À la suite de cette étude, la majorité des  participants qui avaient arrêté les statines en raison des effets secondaires ressentis ont pu recommencer à le prendre.

Pour la majorité des gens, les bienfaits des statines dépassent donc largement les risques en termes d’effets secondaires. Certaines études semblent également montrer que les statines diminueraient le risque de démence, et pourraient avoir un effet bénéfique en prévention ou traitement de certains cancers (p.ex. prostate, sein). 

Faire au mieux pour prévenir la survenue de complications

Avec le bon traitement et une gestion adéquate des glycémies, il est possible de réduire, voire d’éviter les complications en lien avec le DT1. Un peu comme les statines pour le risque cardiovasculaire, il existe des traitements permettant de diminuer les risques de complications au niveau des reins.

Une étude indique en effet que parmi 351 personnes vivant avec le DT1 depuis plus de cinquante ans, un grand nombre d’entre elles n’ont pas de complications:

  • 86,9% n’ont pas de maladies des reins,
  • 51,5% n’ont pas de maladies cardiovasculaires,
  • 42,6% n’ont pas de troubles oculaires,
  • 39,4% n’ont pas d’affections des nerfs.

Références:

  • Sun, Jennifer K et al. “Protection from retinopathy and other complications in patients with type 1 diabetes of extreme duration: the joslin 50-year medalist study.” Diabetes care vol. 34,4 (2011): 968-74. doi:10.2337/dc10-1675
  • Fowler, Michael J.. “Microvascular and Macrovascular Complications of Diabetes.” Clinical Diabetes 26 (2008): 77-82.
  • Livingstone SJ, et al. Risk of cardiovascular disease and total mortality in adults with type 1 diabetes: Scottish Registry Linkage Study. PLoS Med 2012;9:e1001321.
  • Fisher, M. (2016), Statins for people with type 1 diabetes: when should treatment start?. Pract Diab, 33: 10-11. https://doi.org/10.1002/pdi.1990
  • Liu, Binliang et al. “The relationship between statins and breast cancer prognosis varies by statin type and exposure time: a meta-analysis.” Breast cancer research and treatment vol. 164,1 (2017): 1-11. doi:10.1007/s10549-017-4246-0
  • Kantor, Elizabeth D et al. “Statin use and risk of prostate cancer: Results from the Southern Community Cohort Study.” The Prostate vol. 75,13 (2015): 1384-93. doi:10.1002/pros.23019
  • Bebu, Ionut et al. “Risk Factors for First and Subsequent CVD Events in Type 1 Diabetes: The DCCT/EDIC Study.” Diabetes care vol. 43,4 (2020): 867-874. doi:10.2337/dc19-2292
  • Eldor, Roy, and Itamar Raz. “American Diabetes Association indications for statins in diabetes: is there evidence?.” Diabetes care vol. 32 Suppl 2,Suppl 2 (2009): S384-91. doi:10.2337/dc09-S345
  • Toth, Peter P. “That Myalgia of Yours Is Not From Statin Intolerance.” Journal of the American College of Cardiology vol. 78,12 (2021): 1223-1226. doi:10.1016/j.jacc.2021.07.025

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