Activité physique et hypoglycémie : le glucagon peut-il être la clé de la prévention des hypoglycémies?

Activité physique et hypoglycémie : le glucagon peut-il être la clé de la prévention des hypoglycémies?

 

Qu’est-ce que le glucagon?

Le glucagon est une hormone qui agit à l’inverse de l’insuline et qui permet au foie de libérer dans le sang du sucre de ses réserves.

Le glucagon est particulièrement intéressant quand la glycémie est très basse. C’est pourquoi il est habituellement utilisé comme traitement d’urgence pour les hypoglycémies sévères (une hypoglycémie qui nécessite l’aide d’une tierce personne). (1)

Utilisations possibles du glucagon

À l’heure actuelle, le glucagon est :

  1. Utilisé pour traiter les épisodes d’hypoglycémie où la personne est inconsciente et/ou incapable d’ingérer des sucres rapides. C’est l’indication recommandée et une dose de 1 mg est utilisée.
  2. Parfois utilisé en dehors de l’indication prévue en doses beaucoup plus petites les jours de maladie, en particulier chez les enfants, lorsque de fortes nausées et des vomissements font qu’il est impossible de manger. (2)

Le glucagon a également été étudié comme substitut à la consommation de sucre pour traiter une hypoglycémie non sévère (glycémie inférieure à 4,0 mmol/L ne nécessitant pas l’aide d’une tierce personne) puisqu’il n’y a aucun risque de surcorrection et on évite donc des fluctuations importantes de la glycémie en peu de temps. Même si de nombreux patients vivant avec le TD1 cherchent une solution de rechange à une collation dans de telles situations, cette option de traitement n’est pas encore disponible.   

Mais ce n’est pas tout!

Une étude qui a été publiée récemment a aussi envisagé la possibilité d’utiliser le glucagon pour prévenir l’hypoglycémie lors de la pratique d’activité physique. (4) En effet, l’hypoglycémie induite par l’activité physique a été identifiée comme étant le principal obstacle à l’activité physique chez les patients vivant avec le diabète de type 1. (5)

Nouvelle étude : le glucagon peut-il prévenir une hypoglycémie induite par l’activité physique?

Cette étude réalisée par Rickels et al. a inclus 15 adultes qui portaient une pompe à insuline et qui ont effectué une activité physique à jeun pendant 45 minutes.

Dans cette étude, chaque participant avait quatre séances d’exercice comme suit :

1re : conditions de contrôle (aucun changement dans l’insuline et glucides et pas de glucagon)

2e : réduction de 50 % du taux d’insuline basale de la pompe 5 minutes avant l’activité physique

3e : participants prennent 20 g de glucides au début de la séance et 20 minutes après le début de la séance

4e : participants reçoivent une injection de 150 mg de glucagon 5 minutes avant l’activité physique. Cette dose représente 15 % de la dose utilisée pour traiter une hypoglycémie sévère

La pratique d’activité physique après l’injection du glucagon a eu le moins d’incidence sur la glycémie de départ durant et après l’activité comparativement au contrôle, à la réduction de l’insuline basale et à la consommation de glucides.

On a constaté que la réduction de 50 % du taux d’insuline basale 5 minutes avant l’activité physique n’avait pas donné une meilleure glycémie que la séance de contrôle et que la consommation de glucides avait tendance à provoquer des hyperglycémies chez certains participants. En effet, une autre étude récente a suggéré que la réduction du taux d’insuline basale doit être faite plus de 40 minutes avant le début de l’activité physique pour avoir un effet et diminuer le risque d’hypoglycémie. (6)

Les auteurs ont conclu qu’une mini dose de glucagon (150 mg) pouvait s’avérer une stratégie efficace pour prévenir l’hypoglycémie induite par l’activité physique.

Conclusion

Même si à la lumière de ces conclusions il peut sembler que le glucagon s’avère la façon la plus efficace de prévenir l’hypoglycémie induite par l’activité physique, il est possible qu’une réduction plus précoce et plus importante d’insuline de même qu’une plus grande consommation de glucides puissent aussi offrir une protection raisonnable.

De plus, le glucagon devrait être offert dans une formule différente que celle en poudre dans laquelle le glucagon est offert actuellement pour un entreposage plus sécuritaire et une durée de conservation plus longue. D’autres formes sont à un stade de développement avancé, mais le coût pourrait représenter un obstacle de taille. En outre, l’utilisation du glucagon pour prévenir, plutôt que pour traiter, un épisode d’hypoglycémie est l’approche préconisée actuellement dans certaines versions de pancréas artificiels qui ne sont pas encore approuvées par Santé Canada. (7)  

Références

  1. Yale JF, Paty B, Senior PA, Diabetes Canada Clinical Practice Guidelines Expert Committee. Hypoglycemia. Canadian journal of diabetes. 2018;42:108. doi:10.1016/j.jcjd.2017.10.010
  2. Haymond MW, Schreiner B. Mini-dose glucagon rescue for hypoglycemia in children with type 1 diabetes. Diabetes care. 2001;24(4):643-645.
  3. Haymond MW, Redondo MJ, McKay S, et al. Nonaqueous, mini-dose glucagon for treatment of mild hypoglycemia in adults with type 1 diabetes: a dose-seeking study. Diabetes care. 2016;39(3):465-468. doi:10.2337/dc15-2124
  4. Rickels MR, DuBose SN, Toschi E, et al. Mini-dose glucagon as a novel approach to prevent exercise-induced hypoglycemia in type 1 diabetes. Diabetes care. 2018;41(9):1909-1916. doi:10.2337/dc18-0051
  5. Brazeau AS, Rabasa-Lhoret R, Strychar I, Mircescu H. Barriers to physical activity among patients with type 1 diabetes. Diabetes care. 2008;31(11):2108-2109. doi:10.2337/dc08-0720
  6. Roy-Fleming A, Taleb N, Messier V, et al. Timing of insulin basal rate reduction to reduce hypoglycemia during late postprandial exercise in adults with type 1 diabetes using insulin pump therapy: a randomized crossover trial. Diabetes & metabolism. 2018;2018 Aug 27. doi:10.1016/j.diabet.2018.08.002
  7. Taleb N, Haidar A, Messier V, Gingras V, Legault L, Rabasa-Lhoret R. Glucagon in artificial pancreas systems: potential benefits and safety profile of future chronic use. Diabetes, obesity and metabolism. 2017;19(1):13-23. doi:10.1111/dom.12789